Théâtre
Je découvrais le Festival d’Avignon pour la première fois et je ne suis pas prête d'oublier ces pièces.
Il y a eu « l’autre guerre » d’Elsa Solal ( Avignon Festival et Compagnies - Programme OFF'2006 ) Une pièce terriblement forte, qui m’a happée, et m’a bouleversée. Odile Fredeval, seule sur scène, tient son public haleine pendant toute la durée du spectacle, sans une seconde de répit. La lumière s’allume, n’éclairant que partiellement la scène, sur les lamelles rouges de sa robe et son corps plié, comme suspendu par les pieds. Sa voix s’élève, forte et dure. Et puis, elle se met à bouger, lentement, difficilement et on sent la douleur de chacun de ses membres. On découvre son visage, comme son corps, marqué d’une tension presque insoutenable, qui disparaît, s’évanouit lorsque la pièce est terminée. Et subitement, on se souvient qu’elle est actrice, une actrice formidable, que ce visage tendu, douloureux n’était pas le sien, mais celui de son personnage qui vit cette autre guerre, au quotidien.
Et puis, « récits de lits » (Avignon Festival et Compagnies - Programme OFF'2006) dans un tout autre genre, plus léger, où j’ai beaucoup ri, où je suis restée admirative devant la performance de ces deux jeunes, en tant qu’auteurs et tant qu’acteurs, gymnastes ou danseurs.
Ils font rire aux éclats leur public avec des histoires de première fois, de quotidien, d’anniversaire.
Et puis, il y a eu cette scénette, courte, quelques phrases seulement et qui m’a marquée. Je riais beaucoup avant et que je ne m’y attendais pas. Marielle Remy se met à sauter sur le lit, un peu hystérique et elle raconte en criant comme si elle se riait d'un rire un forcé :
« C’est l’histoire de cette maman. Elle saute sur le lit pour faire rire son petit garçon ! Elle saute sur le lit pour faire disparaître la lueur triste qu’elle voit dans le regard de son petit garçon qui revient de son autre maison. » Brutalement, les larmes me sont montées aux yeux. Encore deux phrases et c’était fini, c’était déjà une autre histoire, drôle celle-ci.
Et j’ai ri encore, et encore.
Une autre pièce aussi. [lelitteraire.com] Lettre à mon juge
Lettre à mon juge, de Georges Siménon avec Robert Benoit qui joue seul, admirablement. C’est l’histoire de cet homme qui écrit au juge qui l’a condamné et devant lequel il n’a pas voulu se défendre. Avant de se donner la mort, il écrit cette dernière lettre pour que quelqu’un sache, que quelqu’un comprenne son geste. Un geste d’amour.
C’est son histoire, l’histoire d’un homme qui découvre tardivement la passion et qui balance tout derrière lui, position sociale, femme, enfants, mère, pour vivre cette passion qui le dévore littéralement et qui le pousse à tuer la femme qu’il aime, pour la libérer.
Et puis cet homme, rentré d'une guerre qu'il vit encore, qui le hante, qu'il raconte, pendant une nuit, à une inconnue. Une adaptation d'un livre de Antonio Lobo Antunes, "Le cul de Judas".
Il raconte la guerre et ses horreurs, il raconte ses émotions, ses interrogations et ses angoisses.
Encore une pièce magnifique, pour son texte, pour son interprétation.

3 Comments:
Oui. Cétait bien. Toi. Le reste. Tout.
Je viens de tout lire, et de comprendre en lisant les commentaires, et j'ai les larmes aux yeux.
Ca me touche beaucoup. Si j'arrive à faire passer un peu de mes émotions dans ce que j'écris...Merci paleblueyes.
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