J’étais surprise au pique-nique par le comportement d’Alexandre, qui a eu du mal à se mélanger aux autres. Scotché à moi au début. C’est vrai qu’on était nombreux, avec une tribu d’enfants de tous âges. Je connaissais sa timidité face aux adultes mais je l’avais souvent vu à l’aise avec les autres enfants, quoique… En réfléchissant bien…
Là, il était incapable d’aller vers eux, d’entrer dans le groupe, ni même de leur demander s’ils pouvaient jouer avec eux. Il s’approchait timidement et voyant que personne ne venait vers lui, repartait, revenait se blottir contre moi, s’asseoir entre mes genoux. Un peu plus tard, je l’ai découvert pleurant au pied d’un arbre parce que personne ne voulait jouer avec lui. Mais il m’a expliqué ensuite que non, il ne leur avait pas demandé s’il pouvait jouer avec eux. Je l’ai encouragé à y retourner et à essayer de leur demander mais il n’a pas su, n’a pas pu.
Je l’ai vu s’éloigner un peu, tout seul, un peu tristounnet. Je gardais un oeil sur lui, pour qu’il ne s’éloigne pas trop, qu’il reste dans mon champ de vision. Et puis, il a croisé un autre enfant de son âge, seul lui aussi et il a commencé à discuter avec lui. Très vite, je les ai vus comparer leur gros bâton branche d’arbre trouvée à terre. Ils ont passé l’après-midi à jouer ensemble, à proximité des parents de ce petit garçon. Là, Alexandre avait retrouvé toute son assurance. Il ne regardait plus tout le temps si j’étais là, il discutait avec les parents, criait, courait, plongeait dans l’herbe, se roulait par terre. Finalement, il s’est autant amusé que les autres. Il était content à la fin de la journée. Il était sale aussi, très sale, et crevé mais heureux.
C’est vrai que j’ai été surprise par sa timidité. C’était plus que de la timidité, une vraie peur des autres. Il n’est jamais entré dans le groupe, n’a même jamais vraiment essayé d’y entrer. C’est vrai qu’il n’a pas tellement confiance en lui, qu’il se décourage vite, qu’il dit facilement qu’il ne sait pas faire, qu’il n’y arrive pas et alors qu’il n’essaye même pas. Ce n’est pas de la paresse mais une crainte de ne pas y arriver. Et s’il essaye et qu’il n’y arrive pas, il s’énerve.
D’où vient ce manque de confiance en lui ? D’un certain point de vue, ça va mieux quand même. Il est un moins timide. Il ne se cache moins souvent derrière moi. A la garderie le matin, il dit un vrai bonjour aux adultes, il va plus facilement vers les autres enfants, ne s’installe plus dans un petit coin en observateur. Il parle aux gens que je croise en les regardant, il semble plus sûr de lui. Mais d’après ce que j’ai vu dimanche, ce n’est pas gagné…
Il faut que je l’encourage plus, certainement. Que je parvienne à lui donner plus confiance en lui.

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