vendredi, juin 09, 2006

Obsessions passées (ou presque)...

Je lui en ai fait voir de toutes les couleurs à mon corps, le pauvre, parfois je le plains.

Après une période d’excès pendant l’adolescence, je ne me suis plus reconnue. Ce n’était pas moi, là, celle que je voyais vivre. Et ce n’était pas mon corps non plus.

Alors j’ai décidé d’en reprendre possession…

Il m’a fallu un an et j’ai retrouvé une silhouette plus acceptable, mais j’ai continué…

A défaut de maîtriser ma vie, il me fallait maîtriser, dompter ce corps, toujours plus. Je lui ai imposé des régimes draconiens. Régime dissocié, régime liquide, il ne faut plus manger de ci, il ne faut manger que de ça, méthodes diverses et variées se résumant simplement parfois à ne plus manger. Le moindre écart (et un écart, ce n’était parfois pas grand chose), et je serrais la vis le lendemain.

Cours de gym, natation, abdos tous les matins au réveil, abdos par electro-stimulation parfois deux ou trois heures par jour…

J’ai martyrisé mon corps. Ce n’était jamais assez.

L’anorexie ? Je connais oui, un peu. Est-ce que j’ai été anorexique ? Sans perdre du poids au point de ne plus tenir sur mes jambes, sans en arriver à un stade critique, sans être réellement anorexique, je crois oui, que j’ai eu un comportement d’anorexique. Même si cette maladie est bien plus compliquée qu’un simple rapport à la nourriture.

Difficile pour moi de me l’avouer. Je me croyais forte. Parce que je dominais mon corps. Mais c’était une maladie, une faiblesse… Si je perdais le contrôle de mon corps, j’avais l’impression de perdre le contrôle de ma vie.

Mais ça va mieux. Je suis (un peu) moins dure avec moi-même.

Des années que je vois la même gyneco, des années qu’à chaque visite, elle me dit trop maigre. Parfois, ça me fait presque plaisir. Cette année, pour la première fois, elle m’a dit (un peu défaitiste) que finalement ça doit être mon poids « de forme » puisque je n’en change pas. Mais je sais bien que non, je sais les efforts que je fais pour le garder ce poids. Parfois je me dits qu’effectivement je pourrais grossir un peu, mais j’en suis incapable. Deux petits kilos de plus et je panique. Et je les reperds très vite. Peur de redevenir grosse. Peur que quelques kilos de plus ne changent tout. Peur de ne plus m’aimer du tout et certainement peur qu’on ne m’aime plus.

Alors, je fais toujours attention, tout le temps.

Mais je me laisse aller un peu plus et je me fais plaisir. Fini les régimes dangereux. Je m’autorise des choses que je ne me serais jamais autorisée il y a quelques années, quitte à faire plus attention après.

Mais je continue le sport. Je guette avec appréhension le jour où je ne pourrai plus en faire. Parfois, je me dis qu’il faudrait peut-être que je m’économise un peu. Que mon corps va finir par me dire stop. Et j’arrive un peu mieux maintenant à en faire un peu moins, si je sens mes muscles saturer ou si je sens que le seul moyen de me débarrasser de ce cumul de fatigue, c’est de ralentir le sport.

Je m’accepte (un peu) mieux, telle que je suis. Je suis moins obsédée par ce corps qui échappe à mon contrôle parfois, que je maîtrise moins et qui m’échappera inévitablement de plus en plus avec le temps…

Et surtout je vis plus, je me laisse vivre, et je revis. Est-ce que je vis plus parce que je m’accepte mieux ou est-ce que je m’accepte mieux parce que je vis ? Un peu des deux sans doute…