Avignon- Memoire de ma mémoire
On a vu des pièces, plusieurs m'ont beaucoup plu. Deux m'ont marqué. La première, c'est Mémoire de ma mémoire par la compagnie aux loups...
Parfois les mots vont trop vite, les dates m'échappent, je perds le fil un instant. Tant pis. Il faudra que je lise le texte pour intégrer l'Histoire.
Cette Histoire que je ne connaissais pas, ou si peu, ou de si loin.
Là, on y est projeté. On se la prend de face, de front, on ne peut y échapper. Les mots parfois sont si durs, on voudrait que ça s'arrête un instant, juste une seconde, pour reprendre son souffle. On voudrait fuir à la place de tous ces gens qui n'ont pu y échapper.
A la fin, Frédéric De Rougemont, le metteur en scène (qu'on a eu la chance de rencontrer ainsi que toute la troupe!) m'a demandé si j'avais trouvé des points communs avec "l'Autre Guerre", la pièce de la même troupe qu'on a vue l'année dernière.
Oui, il y en a : On se prend la pièce comme on prend une gifle. On en sort abasourdis, sonnés, un peu désemparés, déboussolés, bouleversés, retournés, sans un mot pour exprimer ce qu'on a ressenti, sans un mot pour exprimer ce qu'on ressent, il y a une sorte de honte de notre insouciance face à tant de souffrance. Il y a comme une culpabilité d'être là, en vie, heureux et en week-end alors que notre voisin souffre. Car dans les pièces de la Compagnie des loups, l'acteur sur scène devient notre frère, notre ami, on ressent sa douleur comme celle d'un proche.
Dans les deux pièces, on a du mal à applaudir à la fin, comment applaudir devant la souffrance de son frère? Le thème, l'histoire racontée (et l'Histoire racontée pour mémoire de ma mémoire) empêche de se lever en souriant, enthousiaste.
On applaudit doucement, respectueusement, calmement. On se lève avec le poids de cette histoire sur les épaules. Et on sort de la même façon, silencieusement, plein de respect pour l'auteur qui a su nous dire, plein de respect pour ces hommes et ces femmes qui, le temps d'un spectacle, nous ont un peu transformés, nous ont enrichi, nous ont transmis.
Je garderai le souvenir de ces acteurs incroyables sur scène, leurs voix, leur force, leurs corps qui deviennent tortueux, noueux, leurs visages qui se déforment, leurs regards, leurs regards indescriptibles.
Je garderai le souvenir de ces acteurs redevenus hommes et femme à la fin de la pièce au moment de saluer.
Après le spectacle, vous avez parlé de Nusrat Fateh Ali Khan dont un morceau envoûtant est présent dans la pièce. Je ne me souvenais pas qu'il y ait eu de la musique. Je n'avais souvenir que du silence de la mort, et de la voix de Jacques Bourdat.
Plus tard, tu as remis le morceau sans me prévenir et je me suis sentie instantanément replongée dans la pièce, son ambiance, la tension lourde de violence, de non-dits qu'on dit enfin.
La voix d'Odile Fredeval a ravivé le souvenir de "l'Autre Guerre" et je revoie certaines scènes. La première image de la pièce, Odile Fredeval la tête en bas, la robe de cartes rouge sang et noires, j'entends encore Odile qui rampe, haletante, je vois encore les cartes qui voltigent, les bougies autour de la scène, je vois Odile qui se badigeonne de noir...
Ces deux pièces m'ont bouleversée. J'espère les revoir une seconde fois, m'en imprégner un peu plus, ne rien en perdre.
Parfois les mots vont trop vite, les dates m'échappent, je perds le fil un instant. Tant pis. Il faudra que je lise le texte pour intégrer l'Histoire.
Cette Histoire que je ne connaissais pas, ou si peu, ou de si loin.
Là, on y est projeté. On se la prend de face, de front, on ne peut y échapper. Les mots parfois sont si durs, on voudrait que ça s'arrête un instant, juste une seconde, pour reprendre son souffle. On voudrait fuir à la place de tous ces gens qui n'ont pu y échapper.
A la fin, Frédéric De Rougemont, le metteur en scène (qu'on a eu la chance de rencontrer ainsi que toute la troupe!) m'a demandé si j'avais trouvé des points communs avec "l'Autre Guerre", la pièce de la même troupe qu'on a vue l'année dernière.
Oui, il y en a : On se prend la pièce comme on prend une gifle. On en sort abasourdis, sonnés, un peu désemparés, déboussolés, bouleversés, retournés, sans un mot pour exprimer ce qu'on a ressenti, sans un mot pour exprimer ce qu'on ressent, il y a une sorte de honte de notre insouciance face à tant de souffrance. Il y a comme une culpabilité d'être là, en vie, heureux et en week-end alors que notre voisin souffre. Car dans les pièces de la Compagnie des loups, l'acteur sur scène devient notre frère, notre ami, on ressent sa douleur comme celle d'un proche.
Dans les deux pièces, on a du mal à applaudir à la fin, comment applaudir devant la souffrance de son frère? Le thème, l'histoire racontée (et l'Histoire racontée pour mémoire de ma mémoire) empêche de se lever en souriant, enthousiaste.
On applaudit doucement, respectueusement, calmement. On se lève avec le poids de cette histoire sur les épaules. Et on sort de la même façon, silencieusement, plein de respect pour l'auteur qui a su nous dire, plein de respect pour ces hommes et ces femmes qui, le temps d'un spectacle, nous ont un peu transformés, nous ont enrichi, nous ont transmis.
Je garderai le souvenir de ces acteurs incroyables sur scène, leurs voix, leur force, leurs corps qui deviennent tortueux, noueux, leurs visages qui se déforment, leurs regards, leurs regards indescriptibles.
Je garderai le souvenir de ces acteurs redevenus hommes et femme à la fin de la pièce au moment de saluer.
Après le spectacle, vous avez parlé de Nusrat Fateh Ali Khan dont un morceau envoûtant est présent dans la pièce. Je ne me souvenais pas qu'il y ait eu de la musique. Je n'avais souvenir que du silence de la mort, et de la voix de Jacques Bourdat.
Plus tard, tu as remis le morceau sans me prévenir et je me suis sentie instantanément replongée dans la pièce, son ambiance, la tension lourde de violence, de non-dits qu'on dit enfin.
La voix d'Odile Fredeval a ravivé le souvenir de "l'Autre Guerre" et je revoie certaines scènes. La première image de la pièce, Odile Fredeval la tête en bas, la robe de cartes rouge sang et noires, j'entends encore Odile qui rampe, haletante, je vois encore les cartes qui voltigent, les bougies autour de la scène, je vois Odile qui se badigeonne de noir...
Ces deux pièces m'ont bouleversée. J'espère les revoir une seconde fois, m'en imprégner un peu plus, ne rien en perdre.
4 Comments:
Tiens, c'est marrant. Parfois, quand j'ai besoin d'un coup de fouet, j'écoute Nusrat Fateh Ali Kahn...
Merci
C'est toujours le public qui achève la mise en scène. Je suis très touché de sentir tout contre notre travail votre présence lucide et chaleureuse.
La fraternité. Le devoir de se construire. Avignon s'est accéléré. Il devient difficile de rencontrer, juste d'entre-apercevoir les visages de ceux qui sortent de "mémoire de ma mémoire" bouleversés. Gérard Chaliand nous a fait là un legs que je ressens fort et juste comme ces gouttes d'eau qui tombent sur les étangs endormis. Silencieuses et terribles, avec cette onde qui s'élève à la surface et qui n'est pas prête à s'appaiser. Des voix se lèvent. Des bruits circulent. C'est un orage maintenant, avec son odeur moite mais enivrante, ses éclairs régénérateurs et le tonnerre gronde, et l'onde prent la force dévastatrice d'un torrent de fraternité... Ici les programmateurs timorés nous cloisonnent dans un théâtre dont ils redoutent l'effet. Dommage. Nous sommes debout.
Les revoir une seconde fois...
...
Et chaque fois les redécouvrir différement avec un autre éclairage sans doute.
Je ressens cela souvent avec les livres ou les films aussi.
J'aime t'entendre raconter dans un élan pour toi même autant que pour nous.
Tu as été transportée par le jeu des acteurs, par la musique qui faisait corps avec la pièce, les costumes...
On sent que tu vis encore ces instants forts
Cela me rappelle lorsque j'étais étudiante à Nancy, il y avait le festival international du theatre qu'avait créé J.LAng et c'était génial de courir d'un lieu à l'autre et de baigner dans une telle ambiance pendant quelques jours. Alors j'imagine ce que ce peut être de voir en Avignon des pièces abouties, et de pouvoir avoir des échanges, une sorte de communion avec tous les "acteurs" après y avoir assisté...
Oui, il faut vraiment que tu ailles au festival au moins une fois...
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